« L’Europe des Armées ou l’Europe désarmée ? »
Débat du Mouvement Européen Vanves le 20 janvier 2010
Nos deux intervenants :
un militaire, le Colonel Eric Labourdette, chef de la section Union Européenne, Etat-major des Armées,
et un politologue Dominique David, directeur exécutif de l’IFRI, l'Institut français des relations internationales.
L’un et l’autre sont spécialistes de la Défense européenne.
Deux points de vue, des divergences certes mais aussi des analyses communes.
Sans Europe politique, pas de défense commune ! :
Unanimité des deux invités : il faudra d’abord faire une Europe politique avant de parvenir un jour à une défense commune.
Dominique David résume cela en une phrase : « Les diplomates sans militaires, ça ne marche pas. Et les militaires sans diplomatie, ça n’a aucun sens ».
Les invités croient, tous deux, à la politique des petits pas plutôt qu’aux déclarations grandiloquentes.
Le budget militaire des Etats membres :
Le budget prévisionnel pour 2010 est de 240 millions d’euros nous dit Eric Labourdette.
La France et le Royaume-Uni sont les deux nations européennes qui investissent le plus dans leur défense. Ces 2 pays représentent 60 % des dépenses européennes de recherches militaires.
Le Royaume-Uni ne veut pas entendre parler de l’agence européenne de défense qui existe pourtant depuis 2004.
Les budgets sont forcément en hausse parce que les armées ont besoin de se transformer, à la fois sur le plan technologique et sur le plan doctrinal (formation).
Un rappel : à chaque fois qu’un pays intervient sur une crise, les dépenses opérationnelles sont à sa charge.
Les moyens et les capacités communes :
Le Royaume-Uni et la France sont les 2 nations qui dépensent le plus pour leur armée. L’Allemagne a des technologies mais ne peut pas intervenir, à cause de son passé. Les autres pays - notamment les pays d’Europe centrale - sont mal équipés faute d’investissement conséquent.
Etats-Unis / Union Européenne … comparatif :
L’UE a plus de soldats que les Américains : 1, 8 millions contre 1,4 millions aux USA. Mais les Américains mettent globalement 3 fois plus d’argent pour équiper leurs soldats que l’UE.
Qui sont nos ennemis ?
Question d’un participant au débat « Question importante, commente Dominique David. Ce ne sont plus les Russes … C’est peut être le terrorisme. Une troisième guerre mondiale n’est pas exclue car de plus en plus de pays s’équipent en nucléaire. »
Constat : les terrains d’affrontement augmentent. Quelle est la frontière entre la sécurité et la défense ? Pour Eric Labourdette : « Les militaires doivent tenir compte de l’opinion publique qui voudrait trouver un équilibre entre le niveau de compétences de son armée et le sentiment de menace virtuel ou réel.
OTAN et Union Européenne … un partage géographique ? :
Il n’y a pas de définition précise de l’aire géographique d’intervention de l’OTAN. Celle-ci a tendance à intervenir partout, notamment « dans les conflits plus compliqués ». Sauf en Afrique. Sa zone d’intervention dépendrait plus de la nature de l’attaque et du lieu de départ de celle-ci.
L’UE intervient plutôt sur les conflits plus « simples » …
D’ici fin 2010, l’OTAN doit réfléchir à « un nouveau concept stratégique » : rester une alliance militaire de défense ou une organisation globale ?
L’UE de son coté refuse ce débat de « partage géographique ». Elle pourrait se donner comme objectif d’intervenir partout où la démocratie est menacée en Europe occidentale.
Un constat positif : c’est l’UE qui a devancé l’OTAN au large de la Somalie pour protéger les bateaux de commerce qui transitent dans la zone et qui se font attaquer par des pirates somaliens.
L’Union Européenne a les outils ad-hoc pour intervenir sur les plans militaire, politique et judiciaire. Sur ce thème, Eric Labourdette trouve étonnant que lors d’opérations de l’OTAN, la plupart des personnes arrêtées furent relâchés peu après.
L’industrie d’armement :
Elle est pourvoyeuse d’emplois partout en Europe . « Il faut garder la recherche de pointe » estime Eric Labourdette. On ne peut pas la laisser tomber pendant quelques années et y revenir ensuite, quand on aura changé d’avis et découvert une nouvelle menace.
Il manque en Europe un avion miliaire de transport long distance, estime Dominique David.