Réunion débat du 07 juin 2016 : "l'Europe brune : la montée des partis nationalistes"
Riva Kastoryano :
« L’Europe brune : la montée des partis nationalistes et des populismes. »
Les populismes en Europe jouent sur le repli sur soi et la peur de l’autre.
La sociologue Riva Kastoryano, directrice de recherche au CNRS et attachée au CERI (Centre d'études et de recherches internationales) de Sciences-Po était notre invitée le 7 juin 2016 à Vanves.
Après une présentation rapide des repésentations dans les pays de l’UE, elle a analysé les fondements des populismes en Europe : refus de l’autre et notamment de l’immigré, sentiment d’appartenance nationale, remise en cause de la souveraineté nationale soumise à la normativité supranationale européenne.
Extraits les plus marquants de la conférence …
Le repli sur soi
En période de crise, la haine de l’autre et le repli sur soi s’expriment par : « On ne veut pas d’étrangers chez nous ». L’incertitude du monde globalisé donne l’impression que le danger est à nos portes. La réaction spontanée : identifier à la fois qui est l’ennemi commun et qui fait partie de son cercle, « les siens ».
Immigration : le poids des mots
Il n’y a qu’en Europe qu’on parle d’immigrés de la deuxième génération voire de la troisième génération. Aux Etats- Unis, ce serait impensable. Ces expressions montrent une difficulté à comprendre la notion d’appartenance ou d’identité nationale, de concevoir l’intégration de l’Autre. Une difficulté aussi à envisager le multiculturalisme comme une réponse pertinente à la construction européenne.
La notion de populisme
Quand on parle de populisme, on englobe une grande variété de partis politiques : populisme de gauche et populisme de droite. Une plus grande poussée de l’extrême droite en Europe de l’Est s’explique aujourd’hui par le fait qu’ils sont plus exposés que les autres au passage des réfugiés et des migrants. La Hongrie a construit un mur comme frontière, c’est très violent. Mais l’extrême droite en Hongrie ne date pas d’aujourd’hui, le parti nationaliste Jobbik obtient 20% aux élections législatives de 2014. Cela signifie-t-il que ces pays ont moins de valeurs européennes que les autres ? Il faut tenir compte aussi d’autres facteurs, tels que le passé historique, la représentation de la nation et bien entendu le facteur européen.
Le poids politique des populistes
Depuis les dernières élections européennes de 2014, ils sont à Bruxelles d’une centaine de députés sur 750. Même s’ils sont anti-européens, ils sont présents au Parlement européen pour profiter d’une tribune. En 2015, les populistes représentaient en moyenne 30 % de l’électorat dans les différents pays européens.
L’Europe manque t’elle de « héros » ?
L’Europe aujourd’hui n’offre aucune perspective pour les jeunes, elle n’a aucun héros à proposer. Très méconnue du grand public, elle est seulement synonyme de normativité et d’institutions. « J’ose une comparaison un peu provocante entre Daesh et l’Europe : le mouvement islamiste joue avec l’imaginaire de certains jeunes Européens, en leur promettant de devenir des héros, c’est ce qui les attire. J’en appelle aux médias et aux institutions elles-mêmes pour que la communication européenne change ».
Les faiblesses du modèle européen
Les pères fondateurs de l’Europe ont cru qu’on pouvait construire une identité supranationale, sans former les esprits européens. Ils ont voulu transposer le modèle de construction nationale au niveau européen. Par ailleurs, les états européens ne réussissent pas à aller aussi vite que les mutations du monde et à se projeter. Ils sont en retard sur la globalisation. Pour résumer : l’Europe a besoin de nouveaux élans pour continuer sa construction et susciter intérêt et identification de ses citoyens.
Tous nos remerciements encore à Madame Kastoryano pour son intervention très intéressantes qui a suscité de nombreuses questions parmi l’assemblée.
Merci aussi à la ville de Vanves pour la salle et le matériel mis à notre disposition pour nous permettre de réaliser cette soirée.
