Réunion du 22 janvier 2008 : Baisse du pouvoir d'achat, la faute de l'euro ?

Hier soir, au Petit Vanves, une vingtaine de participants dont la quasi totalité de nos adhérents étaient présents pour débattre de la responsabilité supposée de l'euro dans la baisse du pouvoir d'achat.
Nous avons regretté l'absence de Mme Debré ( membre du Mouvement européen depuis de nombreuses années), retenue par une réunion de travail mais avons eu le plaisir d'accueillir M. Janvier européen sincère, lui aussi adhérent actif à notre association depuis de très nombreuses années.
Catherine Verger, lauréate du prix Femmes d'Europe, animait le débat qui s'est poursuivi tard dans la soirée.

Baisse du pouvoir d’achat : la faute à l’euro ?
22 janvier 2008
Le pouvoir d’achat des Européens en baisse.
De quoi l’euro est-il responsable ?
L'écart entre inflation mesurée et inflation perçue, amplifié depuis le passage à l'euro, repose la question de la mesure de la hausse des prix.
Les consommateurs seraient-ils victimes d'une illusion collective ? Si c'est le cas, elle est durable : depuis bientôt cinq ans, chaque mois, ils déclarent aux enquêteurs percevoir un rythme d'inflation nettement supérieur à celui que mesurent les très nombreux relevés de prix de l'Insee (113 000 chaque mois) qui servent à calculer l'indice des prix à la consommation. Ce décrochage s'est fortement accentué lors du passage à l'euro (janvier 2002) et s'est, depuis, stabilisé à un niveau élevé, en France comme dans tous les pays passés à la monnaie européenne.
Les prix ont augmenté
3% d’inflation ( Eurostat nov 07) : ce qui constitue le niveau le plus élevé depuis 6 ans et se situe clairement au-delà de l’objectif de 2% que se fixe la BCE.
La hausse des prix alimentaires en chiffres
- - En un an, le prix du blé sur les marchés mondiaux a augmenté de plus de 50%.
- - Le prix de la poudre de lait a quasiment doublé sur les marchés internationaux. hausses + 20% du lait et + 50% du beurre en Allemagne.
- -Les prix des viandes pourraient augmenter de 30% en moyenne en 2008 du fait de la hausse des prix des céréales utilisées dans l'alimentation animale.
En France, selon l'Insee, les prix ont augmenté depuis septembre 2006 de 95% pour les céréales, 5,7% pour le lait, 33,8% pour les œufs, 13,8% pour les volailles et 11,8% pour la viande ovine.
Selon le ministère de l’agriculture (aout 2008 ), la France est le pays européen qui connaît, la plus faible augmentation du prix des produits alimentaires.
Constat :
Le pouvoir d'achat a stagné depuis 2001. Les ménages les plus pauvres consacrent une part beaucoup plus importante de leur budget à l'alimentation. Ils ont été plus sensibles aux hausses des prix à la consommation pendant cette période qu'aux baisses de prix qui sont venues les compenser.
Durant la période 1998-2005 :
- Ce qui a augmenté : tabac et certains biens énergétiques (chauffage, carburants, gaz) mais aussi l'enseignement et la santé.
- Ce qui a diminué : appareils de son et d'image, les communications, les biens et services culturels et de loisirs, les appareils ménagers et les vêtements).
Explications :
Ceci n'est pas dû à la hausse des prix à la consommation ou au passage à l'euro, mais au ralentissement de la croissance de la productivité.
- la mondialisation : croissance rapide des pays émergents, baisses de prix sur les biens industriels non énergétiques et sur les vêtements par exemple, mais forte demande énergétique mondiale, contribuant ainsi à la hausse des prix de l'énergie (dont nous protège, en partie, l'appréciation de l'euro).
- Décalage entre la hausse des prix ressentie par les ménages et les chiffres de l'inflation / composition de l'indice des prix à la consommation. qui ne prend pas en compte les prix à l'achat de l'immobilier résidentiel.
- Evolution des prix de l'immobilier au sein de la zone euro : Allemagne (-13,2 % ) France (+ 79%), Irlande (+94%), Espagne (+122%).
L’euro a-t-il affecté notre pouvoir d’achat ?
Depuis l’introduction de la monnaie unique, toutes les études et enquêtes convergent : les consommateurs partagent le sentiment que leur pouvoir d’achat s’est amenuisé et que l’euro n’y est pas pour rien. Après avoir exploré les "mythes et réalités d’un euro fort", les Euros se penchent cette fois sur notre pouvoir d’achat : que se cache donc derrière ce que l’on nomme aussi par facilité la "lutte contre la vie chère" ? De quoi l’euro est-il responsable ? L’inflation perçue est-elle vraiment toujours supérieure à l’inflation calculée ? (Naim Cordemans septembre 2007) http://www.eurosduvillage.com/814-L-euro-a-t-il-affecte-notre
1998 et 2006, le pouvoir d’achat a augmenté de 7,3% dans la zone euro, ce qui correspond à une croissance de 1,25% sur une base annuelle.
Les ménages des grandes économies de la zone ont vu leur pouvoir d’achat varier de manière relativement semblable. Lorsque l’on compare les pays de la zone euro aux autres pays qui n’ont pas l’euro.
Progression totale du pouvoir d’achat est restée inférieure à 10 % en Allemagne et en Italie, 38,9 % au Royaume-Uni et 100 % dans chacun des pays Baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie).
Pourquoi ces différences ?
-Ecarts de dynamisme économique au sein de l’Union
- Autre point de comparaison : l’évolution du pouvoir d’achat de la zone euro a été très similaire à celle observée aux Etats-Unis , le pouvoir d’achat est intimement liée à la conjoncture économique : il augmente généralement en période de croissance et stagne ou recule en période de décroissance.
Les solutions
- Croissance plus rapide de la productivité par personne en âge de travailler (ce qui suppose une augmentation de la productivité par personne occupée et du taux d'emploi).
- Renoncer à la posture hypocrite qui consiste, d'un côté, à demander à la BCE d'avoir une politique monétaire plus accommodante et, de l'autre, à craindre l'inflation et la hausse des prix de l'immobilier.
La hausse actuelle des taux d'intérêts européens s'explique dans une large mesure par la volonté de la BCE de calmer la hausse des prix de l'immobilier.
Le dilemme de la BCE est en fait de fixer les taux d'intérêt à un niveau qui favorise l'activité économique (en limitant le coût du crédit) tout en limitant la hausse des prix .
- Favoriser la construction de logements, notamment la construction de logements sociaux . Eviter la concentration de l'habitat social dans des zones défavorisées, ghettoïsation
Forte disparité des prix en Europe
Etude de prix internationale Pricerunner.fr (novembre 2007 )
Comparaison de 26 biens de consommation et produits high tech , dans 29 villes dont 22 capitales européennes . Attention les comportements des consommateurs ne sont pas les mêmes dans la zone euro, peut-on réellement comparer ?
Un DVD coute 25,32 en France contre 19,32 en Allemagne.
Un téléphone mobile Nokia 669 euros en France , 614 en Grèce , 579 en Italie.
Un panier comparable de produits alimentaires et de boissons non alcoolisées et de tabac coûte plus de 2,5 fois plus cher au Danemark qu'en Bulgarie.
Les plus chers (produits alimentaires et les boissons non alcoolisées )
Danemark (142 % de la moyenne de l'UE27), en Irlande (125 %), en Finlande (120 %) et en Suède (119 %) et les plus bas en Bulgarie (56 %), en Lituanie (64 %), en Pologne et en Slovaquie (67 % chacun).
Le pain et les céréales, les niveaux de prix variaient de 41 % de la moyenne de l'UE27 en Bulgarie, 56 % en Slovaquie, 150 % au Danemark et 141 % en Finlande.
Viande, les niveaux de prix oscillaient de 48 % en Bulgarie, 50 % en Lituanie, 149 % au Danemark et 133 % en Suède.
Lait, fromage , œufs s'échelonnaient de 67% en Pologne, 75 % en Lettonie, Lituanie et Slovaquie, 139 % à Chypre et 138 % en Grèce.
Boissons alcoolisées les plus chères : en Irlande (181 % de la moyenne de l'UE27), en Finlande (170 %), au Royaume-Uni (152 %) et en Suède (145 %). Par contre, on peut consommer de l'alcool à moindre coût, en Bulgarie (69 %), en Slovaquie (72 %), en Hongrie (77 %) et en Lituanie (79 %).
Tabac : variation de 1 à 7. Royaume-Uni (205 % de la moyenne de l'UE27), Irlande (186 %), en France (133 %), en Allemagne et en Suède (119 % chacun) et les plus bas en Lettonie (28 %), en Lituanie (30%), en Roumanie (32 %) et en Estonie (41 %).
Définitions :
Indice des prix
L'indice des prix à la consommation (IPC) est l'instrument de mesure, entre deux périodes données, de la variation du niveau général des prix sur le territoire français.
Il s'agit des prix des biens et des services proposés aux consommateurs sur l'ensemble du territoire. L'Insee suit les prix affichés toutes taxes comprises (TTC). Cela comprend les soldes et les promotions, mais exclut les réductions privées (cartes de fidélité) et les remises en caisse.
Une faible part, moins de 5 %, des biens et services ne sont pas couverts par l'indice : il s'agit principalement des services hospitaliers privés, de l'assurance vie et des jeux de hasard.
Ces produits sont exclus pour des raisons méthodologiques : par exemple les assurances vie sont en général à la fois des assurances, qui devraient être suivies par l'IPC, et des placements financiers, exclus du champ de l'IPC. Or ces deux fonctions sont indissociables et il est donc impossible de déterminer le prix du seul service d'assurance. Insee
Imaginons que le chewing-gum augmente de 10% et que le prix du kilowattheure diminue de 2%. Le pouvoir d'achat de celui qui consomme ces deux produits a-t-il augmenté ou baissé? Cette même question peut être élargie à plusieurs dizaines de milliers d'articles, et sans doute davantage encore si l'on prend en compte la diversité concrète de tous les achats qu'un consommateur peut faire -le moindre hypermarché compte quelque 10000 références en rayon... L'indice des prix vise à passer d'évolutions concrètes, concernant des produits particuliers, à une appréciation d'ensemble. Il repose donc sur une triple opération: d'abord une pondération, pour déterminer la place que telle famille d'objets tient dans le budget de consommation d'un ménage ayant certaines caractéristiques (le budget n'est évidemment pas le même selon que l'on est célibataire ou que l'on a quatre enfants, que l'on est ouvrier ou cadre supérieur, que l'on vit à Paris ou dans un village, etc.); ensuite une mesure du prix de certains articles jugés représentatifs d'une famille d'objets (choix des articles, choix des lieux de vente); enfin une décomposition de la hausse constatée entre un éventuel effet qualité (voir ce terme) et un effet prix. Chacune de ces opérations est complexe et suscite donc des débats qui expliquent les polémiques qui, dans un passé relativement récent, ont entouré la publication des résultats. Ces débats se sont calmés, dans la mesure où le ralentissement de la hausse des prix et la désindexation salariale (c'est-à-dire le fait que les salaires soient fixés pour une période déterminée de temps sans clause de rattrapage au cas où l'indice des prix à la consommation augmenterait) donnent au calcul de l'indice une moindre importance dans la détermination de l'évolution des salaires. (Alternatives économiques)
Pouvoir d'achat de la monnaie
Le pouvoir d'achat de la monnaie est la quantité de biens et de services qu'il est possible de se procurer avec une unité monétaire. Du fait de la hausse des prix, le pouvoir d'achat de la monnaie se déprécie au cours du temps. A l'extérieur du pays il diminue en cas de dépréciation et de dévaluation et augmente dans les cas inverses.
Pour observer l'évolution réelle de l'activité économique ( production, consommation,...) il est donc nécessaire de tenir compte des effets de l'inflation. On distingue ainsi les évolutions à prix courants (sans correction de l'effet de l'inflation) des évolutions à prix constants (avec correction de l'effet de l'inflation). Dans le premier cas il s'agit d'une évolution en valeur et dans le second d'une évolution en volume.
Pour approximer l'inflation (ou la déflation), on utilise en général l'indice des prix à la consommation.
Pouvoir d'achat du salaire
Le pouvoir d'achat du salaire est la quantité de biens et de services que l'on peut acheter avec une unité de salaire. Son évolution est liée à celles des prix et des salaires.
C'est ainsi que, si les prix augmentent dans un environnement où les salaires sont constants, le pouvoir d'achat diminue alors que si la hausse des salaires est supérieure à celle des prix le pouvoir d'achat pourra augmenter.
La notion ici retenue est le salaire mais le raisonnement s'applique à l'ensemble des ressources (travail, capital, prestations familiales et sociales...).
PIB (Produit interieur brut)
Le produit intérieur brut (PIB) correspond à la valeur totale de la production interne de biens et services marchands dans un pays donné au cours d’une période donnée (généralement un an) par les agents résidents à l’intérieur du territoire national. C’est aussi la mesure du revenu (des ménages et des entreprises) provenant de la production dans un pays donné.
Indice du bonheur
La théorie du bien-être ainsi entendue, élaborée par Vilfredo Pareto et, surtout, par Arthur Cecil Pigou au cours du premier tiers du XXesiècle, est évidemment très restrictive, puisqu'elle vise simplement à s'assurer que chacun tire la plus grande utilité possible de ses revenus: il peut donc y avoir bien-être même si une personne meurt de faim faute de revenus, tandis qu'une autre dispose de revenus immenses. Cette conception individualiste du bien-être a été remise en cause notamment par des approches qualifiées de communautaristes (Michael Walzer) ou distributiviste (John Rawls), qui s'appuient sur l'idée que l'on ne peut traiter du bien-être sans s'interroger sur la justice sociale.
Banque centrale européenne (BCE)
La Banque centrale européenne (BCE) est la banque centrale de l'Union européenne. Elle est chargée de définir les grandes orientations de politique monétaire de la zone euro et de prendre les décisions nécessaires à sa mise en œuvre. Elle a été créée en 1998 et son siège est à Francfort, en Allemagne.
Conformément aux traités et statuts, l'objectif principal de la BCE est de maintenir la stabilité des prix, l’inflation annuelle « au dessous, mais à un niveau proche, de 2 %, sur le moyen terme ». Elle apporte son soutien aux objectifs économiques de l'Union, c'est-à-dire le maintien d'un niveau d'emploi élevé et l'encouragement d'une croissance non-inflationniste. Elle agit conformément au principe d'une économie de marché ouverte.
Le président de la BCE depuis novembre 2003 est le français Jean-Claude Trichet, dont la gestion exemplaire de la crise des subprimes a été souligné en décembre 2007 par le Financial Times.
Site de la BCE : http://www.ecb.int/home/html/index.en.html
Pour aller plus loin :
«Euro fort, euro faible : phantasmes et réalités » / Benjamin Angel in « Revue du marché commun de l’Union européenne », n° 510, juil-août 2007
« L’érosion du pouvoir d’achat déprime l’Europe » / Emmanuelle Belohdradsky in « Challenges », n° 103, du 6 déc. 2007
« L’euro fort est-il un bien ou un mal ? Les avis divergent » / Philippe Ricard in « Le Monde Dossiers & documents » janv. 2008
« Comparatifs : niveaux de prix pour les produits alimentaires, boissons et tabac dans l'UE ». Dans quels Etats membres le coût de la vie est-il le moins élevé ? Retrouvez les indices de niveaux de prix pour les produits alimentaires, les boissons et tabac dans les 27 Etats membres.
« Le pouvoir d'achat dans la zone euro » / Jean-François Jamet, économiste, ancien élève de l'Ecole normale supérieure et de l'Université Harvard pour la fondation Robert Schuman (janv. 2007 )
« L’Euro fort est-il un bien ou un mal ? Les avis divergent » / Philippe Ricard in Le Monde Dossiers & documents janv. 2008
« L’Allemagne et l’Italie négocient un meilleur pouvoir d’achat » / Sébastien Maillard in La Croix, 09 janv. 2008